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Les langues dans le cinéma européen

Appel à contribution. Les Cahiers de l’Afeccav, n°5

Les langues dans le cinéma européen

L’espace géopolitique européen est un espace en mutation défini plus fréquemment  par des considérations économiques que culturelles. A l’instar de cet espace, le cinéma européen est mouvant et mérite que nous nous focalisions sur les concepts qui permettent de l’identifier et de le définir en cette première décennie du vingt-et-unième siècle. Les ouvrages et publications universitaires se focalisent, pour la plupart, sur les cinémas nationaux et les cinémas d’auteurs. Les Cahiers de l’Afeccav proposent d’étudier des films qui constituent le « patrimoine cinématographique européen ». Comment s’est constitué ce patrimoine s’il s’est effectivement constitué ? Quels échanges ont eu lieu ? Dans tous les cas, la construction d’une production européenne implique des choix linguistiques à tous niveaux (production, tournage, distribution, réception). Quel est l’impact des langues nationales, régionales et des spécificités linguistiques sur ce patrimoine ?

La multiplicité des langues est l’une des particularités de l’espace européen qui s’oppose en cela à l’autre grand centre de production cinématographique occidental, l’Amérique du Nord. Leur abondance constitue-t-elle un frein ou participe-elle au contraire du dynamisme de la production européenne ? Comment fonctionnent les échanges de programmes et de films en Europe sous la contrainte des barrières linguistiques ? Y a-t-il des langues dominantes ? Les langues régionales ont-elles une place dans la production européenne ? La langue apparaît comme marqueur national mais également comme marqueur social à travers les accents (ex : accents régionaux, accents ruraux, accents d’immigrés de première génération, accents de banlieue) ou à travers des formes linguistiques posées comme moyens d’affirmation d’une identité transnationale, de cultures hybrides.  Quels rôles jouent les langues et les accents dans la construction des stéréotypes ? Comment ces marqueurs circulent-ils au sein de la cinématographie européenne ? Quelles sont les retombées esthétiques de tels marqueurs ?

En matière de production et de diffusion, comment la législation européenne interfère-t-elle avec les législations nationales, et comment influence-t-elle la production de films, téléfilms et séries ? Y a t il des obligations linguistiques dans les systèmes de production ? Les co-productions aboutissent-elles inévitablement aux « europuddings » qui seraient forcément joués en anglais, puis doublés dans différentes langues ? Qu’apportent réellement les programmes tels que MEDIA, EUROPA dans la volonté politique de préserver des langues ? Comment ces co-productions influent-elles sur la langue de tournage ? Quelle est la circulation de coproductions tournées dans des langues régionales sur le marché européen ?

Les liens établis dès les années 1920 entre les producteurs européens se sont amplifiés lors de la généralisation du parlant. L’aspect historique de ces échanges intra-européens mérite également d’être revisité sous l’angle linguistique. Dans les années 1930, avant le développement du doublage, le tournage d’un même film en plusieurs langues simultanément a donné des résultats étonnants. Le Chemin du paradis a eu un énorme succès tout comme Die Drei von der Tankstelle. Les acteurs ne sont pas les mêmes, mais le scénario est identique. Des nuances peuvent être trouvées dans le jeu des acteurs et leur façon de prononcer les répliques. Ces comparaisons entre les films français, italiens, allemands, anglais, hongrois, suédois, etc. tournés en multiversions à cette époque sont riches d’enseignements sur les contextes de production comme sur les contextes de réception. Par exemple les films germano-tchèques tournés juste avant la « crise des Sudètes » prennent un sens particulier selon la langue dans laquelle ils sont joués.

Dans les années 1950, des films internationaux sont tournés avec des acteurs de différents pays, pour favoriser les coproductions. Il existe une « version internationale » du Guépard avec chaque acteur s’exprimant dans sa langue maternelle. Les films sont redoublés dans la langue de chaque pays. Quelles sont les transformations qu’impliquent les jeux d’accents, les idiosyncrasies linguistiques d’un même film vu dans différents pays ?

Se pose aussi la question de la réception spectatorielle au sein de l’Europe.  Comment s’organisent les croisements, les transferts et les échanges ? Les publics nationaux acceptent-ils plus facilement certaines langues que d’autres en version originale ? Entre VO, doublage et sous-titrage, comment le sens même d’un dialogue se trouve-t-il modifié en passant une frontière ? Les remakes sont-ils indispensables pour faire circuler des films à forte coloration culturelle locale ? (ex : Bienvenue chez les Chtis). Enfin peut-on noter des évolutions quant à la réception du cinéma européen en Europe et à l’extérieur de l’Europe ?

Les propositions de contributions devront être soumises, en français ou en anglais à Isabelle Le Corff et Martin Barnier pour le 15 février 2012. Après examen des propositions par le comité éditorial des Cahiers de l’AFECCAV, les auteurs dont les propositions auront été retenues s’engageront à remettre leur contribution pour le 1er juin 2012.

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