ASPECTS LINGUISTIQUES DU TEXTE POÉTIQUE

ASPECTS LINGUISTIQUES DU TEXTE POÉTIQUE

Textes réunis par David BANKS

Paris, L’Harmattan, juillet 2011, 308 pages – 29,50 euros – ISBN 9782296550889

La poésie constitue un genre noble. Il semble alors approprié de démontrer comment une approche linguistique peut contribuer à notre compréhension et appréciation du genre poétique. Les contributions présentes dans ce livre en illustrent la variété en nous donnant une vaste panoplie du champ étudié. S’adressant à tous ceux qui sont intéressés par la poésie, ce livre donne de nouveaux éclaircissements sur le genre poétique.

Il s’agit des actes des 8èmes journées de l’ERLA des 16-17 novembre 2007.

Jacques COULARDEAU en fait la critique suivante sur son blog  http://www.myspace.com/DrJacquesCOULARDEAU/blog/543778759

« Baudelaire, Rimbaud et Verlaine » insiste, statistiques à l’appui, sur le fait que la poésie augmente le poids du nominal et de l’adjectival au détriment du verbal, surtout conjugué et donc non adjectivisé. Cela correspond à la suprématie du spatial sur le temporel dans la poésie. Le langage poétique est alors la sortie du temps en une osmose avec le cosmos spatial en une sorte d’éternité a-temporelle. La poésie est probablement le langage le plus ancien, le plus religieux car il vise à saisir l’espace qui nous environne avant même que le temps ne soit codifié. Le temps d’ailleurs dans la langue est toujours exprimé par des éléments spatiaux métaphoriquement étendu au concept de temps, une invention purement humaine. Le cosmos ne connaît que la durée.

« Les processus définitoires dans le texte poétique : Le Parti pris des choses  de Francis Ponge ; approche linguistique et formelle » est la preuve de l’étude précédente. Ne sont considérés que les choses et objets, pur espace par définition et les actions qui les relient sont toutes saisies sous des formes nominales dont dé-temporalisées (expulsion, aspiration, oppression). Où est le temps de Ponge, s’il en a un ?

« Le slam, poésie contemporaine à l’école et au collège » vous laissera sur votre faim. D’emblée page 77 l’auteure pose la double nature du slam : un art à encourager, et une action socio-politique à surveiller. Mais l’auteure ne considère que le premier ce qui lui fait définir la poésie du slam page 91 comme étant « un travail sur le texte, la rime, les sonorités, les mots, la découverte des règles [de] grammaire poétique du slam qui décloisonne l’écrit et l’oral ». Le sens, les références sémantiques, et donc les sujets, les traitements lexicaux provocateurs sont évacués. Sexion d’Assuat n’existe plus. On fait du slam aseptisé. Dommage. Mais l’école ne mérite pas mieux, même si les élèves méritent cent fois mieux.

« Les effets redondants des combinaisons lexicales et phoniques dans la chanson du tango » ne considère que les enfilades réitérées de mots et de clichés dans les paroles des tangos. Il serait bon d’analyser ces clichés dont beaucoup sont au moins machistes, ce qui n’empêche pas le tango d’être un succès de danse universel. Il est vrai que réitérer en lunfardo les pires inepties sexistes a peu de sens pour les millions de gens qui ne comprennent pas le lunfardo. Et c’est tant mieux.

« Appalachian and African Lyrical Traditions as Measures of Sociolinguistic Gradation and Linguistic Change » défend une approche plutôt inspirée de Labov et montre comment après la deuxième guerre mondiale un processus de normalisation de l’anglais aux USA a effacé des différences dialectales importantes. Cependant elles survivent dans des pratiques poétiques populaires (ballades ou chants afro-américains par exemple). Voir une survivance de formes anglaises anciennes (16ème-17ème siècles) marquées géographiquement est une approche réductrice. Il eût été plus intéressant de montrer les croisements de traditions dans le passé. Mais il n’en reste pas moins que les formes dialectales, et en premier lieu le Black American English survivent lourdement dans la langue de tous les jours de communautés représentant 15 à 20% de la population, voire par la musique et le tout nouveau discours SMS un public encore plus grand, peut-être majoritaire. Ce qu’il appelle « the personal dative » eût du être analysé. Je suis né et ai grandi dans une communauté de langue notoirement française (bien qu’occitane) où on emploie couramment des structures du genre : « Il me te la le lui va donner, sa gifle, à la Thérèse ». Le pronom « le » n’a aucun référent. Ces structures agglutinantes décomposées relèvent d’un fonctionnement mental très profond et donc inaliénable, même par l’école laïque.

« Les adjectifs dans ‘Ode on a Grecian Urn’ de John Keats » est fondée sur une réification de la notion nominale pure, une quasi déification de celle-ci, ce qui est surprenant du fait de la référence à Culioli qui sait que l’unité de base du langage est la lexis (Lecteur-Lire-Livre) qui comprend deux éléments nominaux autour d’un élément verbal central. Intéressant cependant de voir Culioli être cité.

« Le texte poétique pour révéler le texte en prose : Kipling, l’altérité et la fonction médiatrice des poèmes » me semble oublier que tout discours, poétique, littéraire ou non, est le fruit d’un auteur dans son contexte qui s’adresse à un public, quel qu’il soit, dans son contexte propre. Il n’y a pas d’énoncé dans action d’énoncer et donc d’énonciateur. Le récit que l’auteur construit reflète son objet visé et son être conscient ou inconscient et en même temps vise à produire un effet sur l’autre, quel qu’il soit. On ne peut pas nier cela sinon en se taisant.

« Comprendre l’incompréhensible » semble poser que l’incompréhensible poétique devient compréhensible par une paraphrase. Mais c’est là le paradoxe de la poésie. Elle n’est ni dite ni écrite, en un mot composée, pour alimenter les gloses savantes des érudits, mais pour construire dans son public des émotions souvent inexprimables autrement. C’est pour cela qu’elle s’associe souvent (et originellement toujours) à la musique.

« Solipsisme et Intersubjectivité dans Stealing de Carol Ann Duffy » semble oublier qu’un individu contient au moins quatre êtres différents selon Lacan, quatre dimensions irréductibles à sa personnalité. Et quand ce « je » s’adresse à un autre « je » nous sommes alors confrontés à des jeux complexes en seize possibilités. Incommunicabilité dit l’auteur. C’est le moins qu’on puisse dire. Il ajoute alors deux attitudes devant cela : le refus de cette incommunicabilité absurde, et la résignation car il n’y a rien d’autre à faire que de continuer à communiquer de façon incommunicable. Dites ce que vous avez à dire. Il en restera toujours quelque chose.  J’ai beaucoup aimé la différence entre métaphore in praesentia et métaphore in absentia, page 263 et suivantes.

L’article « La dimension poétique du discours religieux » est entièrement contenu dans sa phrase finale : « La poésie n’est donc pas un plus du discours religieux, mais est en osmose génétiquement originelle avec le discours religieux. » Cette phrase se fonde sur un long voyage des origines indo-européennes du « héros – tue – dragon » à la Bible, un peu Aristote et beaucoup la musique sacrée médiévale et baroque dans les langues originelles.

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À propos de franckbarbin

French Professor at Hanyang University President of the AFC (Acteurs du Français en Corée) https://flecoree.wordpress.com

Publié le 27/08/2011, dans Publications, et tagué , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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